Face aux dérives au sein de certaines organisations confessionnelles, l'on entend renforcer le cadre juridique régissant les associations religieuses au Bénin. 

C’est depuis la France que Patrice Talon a levé un coin de voile sur une réforme qui pourrait modifier en profondeur les relations entre l’État et les organisations religieuses au Bénin. Engagé comme facilitateur dans le règlement de la crise de gouvernance qui secoue l’Église du Christianisme Céleste, le président du Sénat a dressé un constat critique du cadre juridique actuel, qu’il juge insuffisant pour permettre à l’administration de prévenir ou de gérer certaines dérives au sein des organisations confessionnelles.

En l’état, les pouvoirs publics disposent de marges de manœuvre limitées lorsqu’il s’agit d’intervenir dans des conflits internes aux organisations religieuses, y compris lorsque ceux-ci sont susceptibles de déboucher sur des troubles à l’ordre public. Si la liberté de culte demeure un principe fondamental, son exercice ne saurait, selon cette approche, porter atteinte à la sécurité des personnes et des biens.

Les conflits liés au leadership ou à la gouvernance de certaines institutions religieuses ont parfois dégénéré en affrontements violents, avec, dans certains cas, des pertes en vies humaines. Une situation qui pose la question des mécanismes juridiques dont dispose l’État pour prévenir et gérer de telles crises.

Un nouveau cadre juridique en préparation

Pour remédier à ces insuffisances, Patrice Talon a annoncé travailler à la rédaction d’un projet de loi consacré spécifiquement aux associations religieuses. Le futur texte devrait prendre en compte les réalités et les particularités des différentes confessions présentes au Bénin, tout en définissant davantage les responsabilités et les obligations des organisations religieuses.

L’objectif affiché est notamment de doter les pouvoirs publics d’un cadre juridique plus précis leur permettant d’intervenir lorsque des crises internes présentent un risque pour l’ordre public ou la sécurité nationale. Selon les indications données par l’ancien chef de l’État, le texte pourrait être soumis à l’examen du Parlement au plus tard à la mi-2027.

L’Église du Christianisme Céleste comme premier cas d’application

La crise qui oppose les différentes composantes de l’Église du Christianisme Céleste pourrait constituer un premier terrain d’application de cette nouvelle approche. Le processus de réconciliation engagé vise à parvenir à un règlement durable du conflit et à établir un cadre institutionnel clair pour la gouvernance de l’Église.

Dans cette perspective, les différentes factions ou entités appelées à évoluer au sein de l’institution devront se conformer aux règles et au cadre légal qui seront retenus. Celles qui refuseraient de s’inscrire dans ce dispositif pourraient, selon les orientations annoncées, perdre leur autorisation d’exercer.

À travers cette réforme annoncée, c’est donc un nouvel équilibre que les pouvoirs publics cherchent à établir entre le respect de la liberté de culte, garantie par la loi, et la nécessité de préserver l’ordre public. 

Romain K.