La fermeté judiciaire ne doit pas exclure l’humanité. C’est le message porté par Elonm Mario Metonou, Procureur spécial près la CRIET, lors de la rentrée solennelle de la juridiction, le lundi 12 octobre 2026 à Cotonou. Son intervention, articulée autour du thème « Humaniser la justice pénale : entre protection des droits humains et efficacité répressive », a mis en lumière les exigences d’une justice capable de sanctionner les infractions sans sacrifier les droits fondamentaux.
Pour le Procureur spécial, l’humanisation de la justice ne signifie ni complaisance envers les auteurs d’infractions ni affaiblissement de l’autorité de la loi. Elle suppose plutôt une application rigoureuse des règles de procédure, une appréciation individualisée des situations et des sanctions proportionnées à la gravité des faits.
Une juridiction de plus en plus sollicitée
Malgré l’image d’institution redoutée qui lui est parfois associée, la CRIET fait face à un volume croissant de dossiers. D’après les chiffres présentés par Mario Metonou, les plaintes et procès-verbaux enregistrés sont passés de 3 067 en 2024-2025 à 3 849 en 2025-2026, soit une hausse de 25,50 %.
Cette progression souligne l’importance des sollicitations adressées à la juridiction. Dans le même temps, celle-ci reste mobilisée contre plusieurs formes de criminalité, notamment la corruption d’envergure, le terrorisme, la cybercriminalité et les violences sexuelles.
La lutte contre ces infractions demeure une exigence, mais elle ne saurait justifier une justice expéditive ou indifférente aux garanties légales. Pour Mario Metonou, la recherche de l’efficacité doit aller de pair avec le respect des principes qui fondent un procès équitable.
Les droits de la défense comme exigence
Le Procureur spécial a particulièrement insisté sur la présomption d’innocence, les droits de la défense et l’individualisation des peines. Autant de garanties qui doivent accompagner le traitement des affaires pénales, indépendamment de la gravité des faits reprochés.
Il a également rappelé que la détention provisoire doit conserver son caractère exceptionnel. Son recours ne saurait être automatique, mais doit répondre aux exigences prévues par la loi et aux circonstances propres à chaque dossier.
Cette approche vise à éviter que la justice ne se transforme en mécanisme de sanction systématique, guidé uniquement par les statistiques ou par la volonté de multiplier les condamnations. La qualité de la réponse judiciaire importe autant que sa rapidité et son efficacité.
Sanctionner avec justesse
Entre le laxisme et les excès répressifs, Mario Metonou préconise une justice fondée sur la mesure. La sanction doit être adaptée à l’infraction et aux circonstances de sa commission, tout en préservant la dignité humaine.
Dans cette logique, la force de la justice ne réside pas nécessairement dans la sévérité des peines, mais dans leur application effective et dans la crédibilité de l’institution. La fermeté doit ainsi s’exercer dans le respect des règles et des droits reconnus à chaque justiciable.
À travers son réquisitoire de rentrée, le Procureur spécial pose donc une exigence centrale pour l’année judiciaire 2026-2027 : combattre l’impunité sans renoncer aux principes fondamentaux du droit pénal. Une vision qu’il a résumée par cette formule : « Que notre justice reste ferme, mais qu’elle garde un cœur qui bat. »
Armand D.
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