Chronique de CHA : La communication, la voix de la voie !

Chronique


Post Image

Entre silences qui fissurent et paroles qui réparent, cette chronique de Christhelle Houndonougbo Alioza explore une vérité essentielle : la communication n’est pas un simple outil relationnel, mais un capital stratégique. Du couple à l’entreprise, de la famille à la nation, elle peut construire la confiance ou précipiter la rupture. Lorsqu’elle est courageuse, éthique et alignée à l’action, elle devient une force de cohésion et de développement. Lorsqu’elle est absente, floue ou méprisante, elle fragilise les liens les plus solides. Une invitation à faire de la parole non seulement une voix, mais une voie.

Retrouvez l'intégralité de la Chronique 

La communication, la voix de la voie !

Chers ami.es , 

Deux amis d’enfance décident de créer une entreprise ensemble. Confiance totale. Vision commune. Engagement sincère. Les premiers mois sont prometteurs. Puis les tensions apparaissent. L’un investit plus de temps, l’autre gère les finances sans tout détailler. Chacun commence à nourrir des soupçons en silence. Au lieu de poser les questions difficiles, ils évitent le sujet pour « préserver l’amitié ». Les frustrations s’accumulent. Un jour, une phrase lâchée sous colère « Tu profites de moi » fait exploser ce que des mois de silence ont construit. L’entreprise s’effondre, l’amitié aussi. Ce n’est pas l’échec économique qui a détruit le partenariat. C’est l’absence de communication courageuse. Voilà la vérité : beaucoup de relations ne meurent pas par manque d’amour, de loyauté ou de compétence. Elles meurent par accumulation de non-dits, par orgueil, par peur d’affronter la conversation nécessaire. La communication n’est pas un simple échange verbal. Elle est un mécanisme de régulation des tensions. Elle permet d’ajuster, de corriger, de réaligner avant que la fracture ne devienne irréversible. Le sociologue Jürgen Habermas a démontré que toute cohésion sociale repose sur l’agir communicationnel : le dialogue structuré permet de construire des normes communes et de préserver la confiance. Là où le dialogue disparaît, l’interprétation prend le pouvoir.

Mais la communication a ses limites et ses dangers. Elle peut être manipulatrice lorsqu’elle cherche à contrôler plutôt qu’à éclairer. Elle peut être stratégique au point de devenir calculatrice. Elle peut masquer l’absence d’actions concrètes. Elle peut produire du bruit sans produire de compréhension. Parler beaucoup ne signifie pas communiquer efficacement. Une parole floue crée plus de confusion que le silence. Une parole agressive crée plus de résistance que d’adhésion. Une parole incohérente détruit la crédibilité. Dans le couple, les conflits sont normaux ; le mépris est fatal. Le psychologue John Gottman a identifié le mépris et le repli émotionnel comme des facteurs prédictifs majeurs de rupture. Ce n’est pas le désaccord qui détruit, c’est la manière de l’exprimer. Une critique humiliante laisse des cicatrices invisibles mais profondes. Dans la famille, la parole structure l’identité. Françoise Dolto rappelait que l’enfant a besoin d’une parole vraie et respectueuse pour se construire. Une communication autoritaire sans écoute fabrique la distance. Une communication équilibrée fabrique la confiance.

À l’échelle collective, la communication devient un levier de cohésion sociale. Elle clarifie les intentions, réduit les malentendus, désamorce les conflits latents. Une communauté qui dialogue régulièrement développe un capital de confiance. Et la confiance est la base de l’unité. La communication participe aussi au développement. Une entreprise où la vision est clairement expliquée mobilise ses équipes. Une institution transparente renforce l’engagement citoyen. Une organisation qui écoute ses membres améliore sa performance. Le développement durable repose autant sur la circulation saine de l’information que sur les ressources matérielles. Les enjeux sont considérables : enjeu de confiance sans transparence, la suspicion s’installe ; enjeu d’unité car sans langage inclusif, les fractures se creusent ; enjeu de stabilité car sans clarification rapide, les tensions s’enveniment ; enjeu de crédibilité car sans cohérence entre parole et action, l’autorité s’effrite. Nelson Mandela a transformé un pays divisé par une parole orientée vers la réconciliation. Angela Merkel a montré que la constance et la clarté stabilisent en période de crise. La communication, lorsqu’elle est alignée avec l’éthique et l’action, devient un facteur d’unité nationale. Spirituellement, communiquer exige discipline et humilité : écouter sans préparer sa riposte, parler sans humilier, corriger sans écraser. La maturité relationnelle consiste à affronter la conversation difficile avant qu’elle ne devienne une rupture définitive. On peut aimer et blesser par maladresse. On peut être compétent et échouer par silence. On peut avoir raison et perdre par arrogance verbale. La communication est un capital stratégique : capital de confiance, capital d’influence, capital d’unité. En cette période charnière, choisissons une communication exigeante : claire dans l’intention, ferme dans les principes, respectueuse dans la forme. Car la communication n’est pas seulement la voix. Elle est la voie vers la cohésion, la consolidation des rapports humains et le développement partagé.

CHA

Femme Noire, Femme de Pouvoir !