Tradition, levier de paix et de cohésion sociale au Bénin : l'analyse du prêtre fâ Ardant Prost Djènontin
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Le jeudi 20 février 2025, l'émission Matin d'Eden, dans sa rubrique Actu décalée, a reçu Ardant Prost Djènontin, chercheur en humanités classiques et prêtre fâ. Lors de cet entretien, il a exposé l'importance de la tradition comme vecteur de paix et de cohésion sociale au Bénin, et expliqué comment la préservation des valeurs ancestrales pouvait favoriser un développement harmonieux et durable.
Un fondement identitaire essentiel
Dès le début de l'entretien, Ardant Prost Djènontin a souligné l'importance de la tradition dans la définition de l'identité béninoise. « Notre essence en tant que peuple repose sur notre héritage culturel », a-t-il affirmé. Selon lui, au-delà des frontières géographiques, ce sont surtout la richesse des pratiques et des croyances transmises de génération en génération qui définissent une nation.
Loin d'être une simple survivance du passé, la tradition représente un véritable système structurant, une science sociale qui façonne les mentalités et guide les évolutions collectives. Il insiste sur le fait qu'ignorer cet héritage expose à un risque majeur : celui de perdre ses repères face à la mondialisation. Une société qui néglige son passé, avertit-il, devient vulnérable aux influences extérieures et peine à définir son propre modèle de développement.
Les valeurs traditionnelles au service de la paix
Depuis des siècles, l'organisation sociale au Bénin repose sur des principes collectifs, où l'individuel cède souvent la place au collectif. Dans les royaumes d'autrefois, la chefferie traditionnelle jouait un rôle central dans la régulation sociale. Chaque lignée possédait un savoir spécifique, contribuant ainsi à l'équilibre global de la société, qu'il s'agisse de l'artisanat, de la divination ou encore de la médecine traditionnelle.
Le rôle des institutions spirituelles était également primordial dans la gestion des conflits. Par exemple, la divinité Heviosso incarnait la justice et veillait au maintien de l'ordre social. De plus, chaque année, les prêtres de la science Ifa procédaient à la consultation du Tofa, un rituel permettant d'anticiper les défis à venir et d'éclairer les décisions politiques.
Dans un contexte sous-régional marqué par des tensions croissantes, le prêtre fâ rappelle l'engagement de ses ancêtres en faveur de la paix. « Nos aïeux ont proclamé que le Bénin ne connaîtrait plus la guerre », a-t-il souligné. Cet engagement se traduisait par des rites et des sacrifices réguliers visant à renforcer la protection spirituelle du territoire.
Les défis de la modernité
Si la tradition reste une boussole pour la société béninoise, elle se heurte aujourd'hui à des défis majeurs. Lors de son passage dans Matin d'Eden, Ardant Prost Djènontin a mis en lumière l'impact négatif de la cupidité et de la quête du profit à tout prix sur les valeurs communautaires.
L'un des signes les plus visibles de cette évolution est le recul des pratiques initiatiques. « L'initiation est une épreuve exigeante qui enseigne l'humilité et le dépassement de soi », a-t-il expliqué. Or, cette transmission rigoureuse des savoirs garantissait autrefois la stabilité et la pérennité des structures sociales traditionnelles.
Un autre défi réside dans le manque de reconnaissance des chefferies traditionnelles dans l'organisation politique actuelle. Il plaide pour une réintégration institutionnelle des autorités coutumières, afin qu'elles puissent pleinement jouer leur rôle dans la gouvernance et l'harmonisation sociale.
Allier tradition et modernité pour bâtir l'avenir
Pour Ardant Prost Djènontin, l'avenir du Bénin passe par une valorisation intelligente de son patrimoine culturel. Il cite l'exemple du Zinli, une danse traditionnelle béninoise qui, si elle était mieux promue, pourrait s'imposer sur la scène internationale, à l'instar d'autres formes d'expressions artistiques mondialisées.
Il encourage la mise en place d'écoles et de structures dédiées à la préservation des savoirs ancestraux, tout en favorisant leur adaptation aux réalités contemporaines. Cette approche permettrait non seulement de sauvegarder cet héritage, mais aussi de créer des opportunités économiques et culturelles.
Enfin, son message appelle à l'unité et à l'engagement collectif. Il exhorte chaque citoyen, chaque institution et chaque leader à œuvrer activement pour le maintien de la paix et de la cohésion nationale. « La paix ne se décrète pas, elle se construit jour après jour, en s'appuyant sur ce qui fait notre force : nos racines », a-t-il conclu.
Ainsi, au terme de cette émission du 20 février 2025, le prêtre fâ a invité toutes les composantes de la société béninoise à se mobiliser pour préserver l'harmonie sociale et faire du Bénin un modèle de stabilité et de résilience culturelle.
Comlan S.
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