JIF, hygiène corporelle et menstruelle, cancer du sein en milieu scolaire : Le plaidoyer de Christhelle Houndonougbo Alioza

#Santé sexuelle


Post Image

Invitée sur le plateau de la télévision Canal 3 à l'occasion de la célébration de la Journée Internationale de la Femme (JIF), Christhelle Houndonougbo Alioza a abordé plusieurs problématiques importantes. Parmi celles-ci, elle a souligné les défis liés à l'hygiène corporelle et menstruelle des femmes, en particulier des jeunes filles, ainsi que la question du cancer du sein en milieu scolaire. Elle a plaidé pour l'instauration d'une politique nationale de visites médicales pour les élèves, mettant en lumière le manque d'implication des parents, notamment des mères, dans l'éducation sexuelle de leurs enfants.

L'entretien complet est à découvrir ci-dessous.

Canal3: Quel est le sens que vous donnez à la célébration de la JIF ?

CHA : Avant de répondre à cette question, je tiens d'abord à avoir une pensée pour ces femmes qui ont eu la chance de célébrer le 8 mars 2024, mais qui, aujourd’hui, n’en ont plus la possibilité. Je pense notamment à celles qui nous ont quittés, celles qui ont perdu leur liberté, celles qui se trouvent dans des zones de guerre ou de conflits, ou encore celles qui, malgré les épreuves, luttent au quotidien pour leur survie et celle de leurs enfants. Celles qui luttent contre différentes formes de maladies. À toutes les femmes, je souhaite une bonne fête et leur exprime mon admiration.

La Journée Internationale des Femmes (JIF) est avant tout une journée de rappel des engagements pris en faveur de l’épanouissement des femmes et de la résolution des problématiques qui les concernent. C’est un moment de bilan, d’évaluation des progrès réalisés, mais aussi une occasion de renouveler les engagements pour aller de l’avant. Il s'agit d'assurer aux femmes une place active aux côtés des hommes dans les actions communautaires, sociales et républicaines, afin d’œuvrer ensemble pour un meilleur bien-être au sein de la société.Cette journée est aussi un moment d’interrogation : les engagements pris sont-ils véritablement mis en œuvre ? Les méthodes employées sont-elles les plus efficaces ? Que faisons-nous concrètement pour offrir davantage d’opportunités aux femmes, notamment aux jeunes filles qui deviendront les femmes de demain ?

Selon vous, la femme rurale se retrouve-t-elle dans cette célébration ?

Bien sûr, la femme rurale est pleinement concernée par cette célébration. Tout au long de l’année, les pouvoirs publics, le gouvernement, les ministères sectoriels, les ONG et d’autres institutions mènent des actions en faveur de toutes les catégories de femmes, y compris les femmes rurales. Il y a d’importants investissements en direction de ces communautés, bien que certaines actions soient encore peu médiatisées.

La question n’est pas tant de savoir si la femme rurale fête le 8 mars, mais plutôt si elle bénéficie réellement des mesures et des projets mis en place pour améliorer ses conditions de vie. Aujourd’hui, la célébration de la JIF se décentralise de plus en plus. Que ce soit au niveau gouvernemental, de la société civile ou même des acteurs politiques, on s’efforce d’impliquer davantage les femmes rurales.

D’ailleurs, au niveau national, les activités de la JIF ne se limitent plus à un seul événement centralisé. Désormais, après le lancement officiel à Cotonou avec les élites, ces dernières se déplacent sur le terrain pour échanger avec les différentes catégories de femmes et célébrer avec elles en abordant des thématiques spécifiques à leurs réalités.

Cette journée est une occasion pour célébrer les avancées en faveur des femmes au Bénin. Pouvez-vous en citer quelques-unes ?

Au Bénin, les avancées en faveur des femmes peuvent être observées à trois niveaux : Les réformes structurelles, législatives et juridiques :

. Adoption de lois protégeant les femmes contre les violences et discriminations.

. Mise en place de mesures facilitant l’accès des femmes à l’éducation et au marché du travail.

Les décisions politiques et institutionnelles :

. Création et renforcement de l’Institut National de la Femme (INF), avec une meilleure visibilité et une plus grande capacité d’action.

. Mise en place de structures dédiées à l’autonomisation des femmes et à leur accompagnement.

Les actions concrètes sur le terrain : Des programmes visant à maintenir les filles à l’école et à les encourager à s’orienter vers des filières porteuses. Des initiatives pour la formation et l’accompagnement des femmes dans l’entrepreneuriat et les secteurs stratégiques.

Des dispositifs pour protéger les femmes contre les abus et violences, avec un meilleur suivi des plaintes et des sanctions renforcées. Malgré ces avancées, des défis persistent, notamment en matière d’éducation, d’autonomisation économique et de protection sociale des femmes. Il est essentiel de renforcer les efforts pour assurer un véritable impact sur la vie des femmes et des jeunes filles.

Quels sont les obstacles à l’émancipation et à l’épanouissement de la femme ?

Les obstacles à l’émancipation des femmes sont nombreux, mais il est crucial de ne pas se focaliser uniquement sur les difficultés. Nous devons adopter une approche proactive : contourner certains blocages, sensibiliser, dialoguer et impliquer tous les acteurs, notamment les hommes, dans cette lutte.

Les décisions récentes en faveur des femmes ont souvent été prises par des hommes, ce qui démontre que l’égalité ne doit pas être perçue comme un affrontement entre les sexes, mais comme une collaboration nécessaire pour une société plus juste et équilibrée.

Qu’est-ce que vous mettez dans femme d’influence et dans femme de pouvoir ?

Je ne sais pas d'où sort ce débat.

Ce que moi je voudrais dire, il y a quelques années, une cinquantaine, nous avons constaté tous ensemble que la femme dans la cité, au sein de la cité, dans la gestion de la cité avait besoin d’avoir un peu plus de place.

Nos aînées ont mené avec leurs moyens et à leur façon des luttes pour certains acquis. D'autres générations comme nous les ont reprises et donc pour moi aujourd’hui la question de pouvoir et la question d’influence ne devraient plus se poser parce que la femme aujourd’hui ne doit plus se mettre dans une position d’influence. Si elle se met dans une position d’influence, c'est que nous remettons systématiquement en cause les différentes luttes qui ont été menées par les femmes, et même par les hommes avec les femmes, pour que nous ayons des acquis.

Deuxième chose nous aurions remis en cause cette bienveillance de la République vis-à-vis de la femme béninoise engagée. Qu’est-ce que je veux dire par là?

Si nous disons aujourd’hui que nous voulons nous mettre dans un rôle d’influence, c’est que nous voulons accompagner et donc nous faisons déjà un faux débat par rapport à nos objectifs. 

Et l’Etat béninois qui a compris, le gouvernement qui a compris, la république qui a compris à un moment donné que les femmes ont fait le combat de cœur mais à l'aune des résultats les fruits n'ont pas véritablement porté la promesse des fleurs. Tout ce qu’il faut faire est que la république accompagne les femmes avec des mesures spéciales, j’appelle des mesures spéciales, des mesures discriminatoires, pour permettre une meilleure présence des femmes dans les instances de prise de décisions ou en position d’exercice donc du pouvoir. D’où notre république elle-même travaille à nos côtés pour nous sortir du rôle d’accompagnatrice c’est à dire d’influenceuse dans un rôle d’apprentissage et d’exercice du pouvoir et le Général Mathieu Kérékou de vénérée mémoire lors de la conférence Nationale des forces vives de la Nation disait: "si vous voulez, nous pouvions vous faire appel, vous allez venir faire l’exercice de la gestion de la chose publique, de la gestion du pouvoir". Aujourd’hui, la république nous a donné la main et nous porte à travailler pour l’exercice de la chose publique c’est-à-dire du pouvoir. Au beau milieu du chemin, nous-mêmes en tant que femmes nous disons que nous préférons accompagner. c’est à dire que nous devenons des spectatrices au stade dans un match de football et nous engageons les joueurs, cela pose un problème.

Je ne pense pas que des femmes qui sont restées, dans l’engagement soutenu, que ce soit l’engagement politique, l’engagement social, l’engagement économique, aujourd’hui, reviendront dans un débat où il faut contraindre la femme dans le rôle d'influence. C’est différent de combat entre hommes et femme.

Quand les hommes vous tendent la main, je pense qu’il faut prendre, et aller vers l'avant. Celles qui pensent qu'aujourd’hui c'est dans l’apprentissage qu'elles doivent se mettre, il faut qu’elles s'y mettent. Et celles qui pensent qu’elles ont dépassé l’apprentissage, qu’on puisse les appeler donc à la gestion du pouvoir. Dans l’un ou l’autre des cas, même si vous influencez pour être positionné, vous faites dans une position de gestion, c’est que vous êtes dans une position de pouvoir. Mais comme c'est par l'influence, que vous êtes en position de pouvoir mais non en position de gestion du pouvoir. 

Qu’est-ce qui justifie votre engagement aux côtés des filles et des femmes à travers la dynamique CHA ?

Le débat concernant l’éducation de nos enfants, notamment l’éducation des filles est un véritable chantier. Cela est parti d’un constat que nos jeunes filles dans les collèges, dans les lycées, même dans les universités, sont abandonnées. Elles ne sont ni sensibilisées ni informées sur certains questions cruciales liées à leurs conditions de femmes en devenir. Les questions d’hygiène corporelle, menstruelle, les maladies silencieuses, le dialogue mère et fille.

Une forte démission des parents et plus précisément des mères est constatée.

. L'encadrement familial fait défaut. Les jeunes filles sont abandonnées pendant leur période de puberté. Une étape dans la construction de leur future vie de femme. Les conséquences, c'est les grossesses en milieu scolaire et universitaire, les maladies sexuellement transmissibles, les déperditions. Il faut donc agir ensemble. Sur les questions de santé en milieu scolaire et universitaire, il est urgent que l'état mette en place une politique de visite médicale pour anticiper sur les choses.Je voudrais finir en lançant un appel à toutes les femmes de mon pays pour leur dire qu'il y a toujours dans leur environnement des "femmes ouvrières " dont le rôle est de porter les autres. Il suffit d'y faire attention. De les détecter et de les dompter pour vivre-ensemble et le vivre- mieux de nos communautés.

Réalisation : Canal 3 TV Bénin

Relais : Aura News